Le temps ou l’argent ?
Est-ce que tu connais cette situation où tu as la sensation que le « serpent se mord la queue ».
Pour profiter de mon temps, je dois avoir de l’argent.
Pour avoir de l’argent, je dois travailler.
Mais travailler comme on l’entend en France – CDD, CDI, intérim – ça coûte cher en temps.
Les heures au bureau.
Les trajets.
L’épuisement qui s’accumule et m’empêche de travailler sur mes projets.
Ou simplement de profiter du temps qu’il me reste.
Alors finalement, qu’est-ce qui me rend vraiment plus heureuse : plus de temps ou plus d’argent ?
Longtemps, j’ai cru que la réponse allait de soi.
L’argent, évidemment.
- Parce qu’il sécurise.
- Parce qu’il ouvre des options.
- Parce qu’il donne l’illusion d’une liberté future.
Et tout simplement car en jeune personne, je ne me rendais pas compte que mon temps avait de la valeur.
Mais en « vieillisant », la question du temps s’est imposée.
L’argent : un repère trompeur
Dans notre société, l’argent est un repère facile.
Il est mesurable.
Visible.
Comparable.
500 € de plus par mois, je vois très bien ce que c’est.
Trois heures de temps libre un samedi : beaucoup moins.
Et puis il y a la pensée dominante.
Celle qui associe réussite, sécurité et valeur personnelle au revenu.
Celle qui murmure que « quand tu gagneras plus, tu pourras enfin souffler ».
Alors on accepte.
On décale.
On sacrifie un peu de temps aujourd’hui pour « plus tard ».
Sauf que ce « plus tard » recule souvent.
L’argent un moyen, le temps un but
Ces dernières années, j’ai lu de nombreux livres.
Des livres sur le développement personnel.
Des livres sur l’entrepreneuriat.
J’ai aussi regarder des vidéos sur ces sujets.
Et il y a une chose qui ressort sur le temps et l’argent :
les personnes véritablement riches ne courent plus après l’argent, elles font tout pour gagner du temps.
L’argent, très souvent perçu comme le Graal, n’est en réalité qu’un moyen.
Un outil pour vivre la vie désirée et non une fin en soi.
C’est avec cette prise de conscience que je pense maintenant mes priorités, mes projets et ma liberté.
Et c’est ce qui m’a amenée à m’intéresser plus profondément à la question du temps et du bonheur.
Les travaux d’Ashley Whillans
Je suis récemment tombée sur les travaux d’Ashley Whillans, professeure à la Harvard Business School.
Elle étudie la relation entre temps, argent et bonheur.
Et ses conclusions vont à l’encontre de ce qui est valorisé collectivement.
Selon ses recherches, les personnes qui déclarent placer le temps avant l’argent se disent :
- Plus heureuses
- Moins stressées
- Plus satisfaites de leurs relations
- Plus créatives et plus productives
Même sans gagner plus.
Et vraiment cela ne me choque pas.
Je comprends parfaitement aujourd’hui comment cela peut-être possible.
Cette croyance : « Je serai plus libre quand je gagnerai plus » semble donc infondée.
Quelle plus grande liberté que justement être libre de disposer de son temps comme on le souhaite ?
Pourquoi on choisit presque toujours l’argent
Si cela ressort clairement dans les études, pourquoi est-ce si difficile à vivre au quotidien ?
Ashley Whillans avance trois raisons simples.
D’abord, l’argent est une nécessité.
On ne peut pas faire comme s’il n’existait pas.
Le loyer, la nourriture, la sécurité matérielle sont réels.
Ensuite, l’argent est socialement valorisé.
Dire « je gagne bien ma vie » est mieux reçu que « j’ai du temps ».
D’ailleurs, même quand je passais des heures en bénévolat, j’étais moins reconnue que lorsque je travaillais.
Enfin – et c’est peut-être le plus subtil – l’argent est psychologiquement plus satisfaisant.
Il est tangible.
Objectif.
Un chiffre sur un compte.
Le temps, lui, est flou.
Subjectif.
Il se vit ou se perd.
Alors on le donne plus facilement.
Sans même s’en rendre compte.
Or le temps est la seule ressource qu’on ne pourra jamais récupérer.
Chaque minute passée est une minute passée, point final.
Quand le temps se désintègre
Mais manquons nous réellement de temps ?
Le temps c’est quand même quelque chose que nous avons tous.
C’est à dire 24h dans une journée.
Néanmoins, je ne peux que constater cette sensation de manquer de temps.
Et ce, même si je ne travaille pas.
J’ai plein de « voleurs de temps ».
Notifications.
Urgences.
Micro-tâches.
Sollicitations permanentes.
Ashley Whillans parle de « confettis temporels ».
Ces petits morceaux de temps grignotés, dispersés, impossibles à habiter pleinement.
Et je le vois très concrètement :
Des moments de repos qui n’en sont pas vraiment
Des loisirs pollués par la culpabilité
Une sensation de courir, même quand rien n’est urgent
Ce n’est pas spectaculaire.
Mais c’est épuisant.
Et cela donne la sensation inévitable de manquer de temps.
Et si la liberté ne venait pas seulement de « plus », mais de « mieux » ?
Ce que j’ai trouvé intéressant dans l’approche d’Ashley Whillans, c’est qu’elle ne dit pas :
« Travaille moins »
« Gagne moins »
« Fuis l’argent. »
Elle parle de choix conscients.
Des micro-décisions quotidiennes où l’on choisit, parfois, le temps plutôt que l’optimisation.
Pas en permanence.
Pas de manière dogmatique.
Mais intentionnelle.
Choisir de partir du bureau à l’heure plutôt que de rester « au cas où ».
Refuser une mission supplémentaire pour protéger un week-end.
Laisser passer une « bonne affaire » parce que la chercher prendrait trois heures.
Ces choix-là ne changent pas tout d’un coup.
Mais ils créent de l’espace.
Quand dépenser de l’argent libère du temps
L’idée abordée dans cette section ne coulait initialement pas de source pour moi.
Certaines dépenses, loin de nous éloigner de la liberté, peuvent en réalité nous en rapprocher.
Quand elles nous libèrent du temps mental, émotionnel ou physique.
Par exemple :
Déléguer une tâche que l’on déteste profondément
Simplifier plutôt qu’optimiser à l’extrême
Payer pour éviter une surcharge invisible
Les recherches montrent que dépenser de l’argent pour gagner du temps augmente le bien-être, même chez des personnes aux revenus modestes.
Pas parce qu’elles consomment plus.
Mais parce qu’elles respirent mieux.
Ashley Whillans a même tenté de traduire certains choix de temps en « équivalents financiers ».
Selon ses travaux :
Valoriser le temps plutôt que l’argent équivaudrait à environ 4 400 $ de revenu annuel supplémentaire
Externaliser une tâche très désagréable : 10 000 $
Avoir une vie sociale plus riche : 20 000 à 30 000 $
Ce ne sont pas des vérités absolues.
Mais elles donnent une idée.
Et surtout, elles posent une question dérangeante : combien vaut mon bien-être, réellement ?
Le piège de la liberté « plus tard »
Ce qui me touche le plus dans cette réflexion, c’est ce qu’elle révèle de notre rapport au futur.
On repousse souvent la liberté :
- Quand j’aurai plus d’argent
- Quand ce projet sera terminé
- Quand ce sera plus stable
Mais à force de repousser, on vit dans un entre-deux permanent.
Autant nous sommes maîtres de notre présent, mais c’est délicat de prédire son futur.
Choisir le temps, parfois, c’est accepter une liberté imparfaite.
Pas totale.
Pas confortable.
Mais vivante.
Est-ce que choisir le temps est égoïste ?
Une objection revient souvent.
Et je me la suis aussi posée, moi qui ai du mal avec les refus.
Est-ce que choisir le temps, ce n’est pas :
Se replier sur soi ?
Se désengager ?
Renoncer ?
Être égoïste ?
Les recherches montrent plutôt l’inverse.
Quand on récupère du temps, on le consacre souvent :
- À ses proches
- À des projets porteurs de sens
- À l’engagement
- Au soin
Le temps libéré ne disparaît pas.
Il circule autrement.
Ce que j’observe chez moi
Je n’ai pas encore trouvé d’équilibre parfait.
Et je ne le trouverai peut-être jamais, et c’est ok.
Je tâtonne comme souvent.
Mais je vois déjà certaines choses.
Quand je choisis systématiquement l’argent :
Je suis plus tendue
Plus fatiguée
Plus déprimée
Moins créative
Moins présente aux autres
Quand je choisis parfois le temps :
- Je respire mieux
- Je regagne en énergie
- Je pense plus clair
- Je me sens plus alignée
- Et surtout, je me sens tellement plus libre
Libre de profiter du seul rayon de soleil de la journée.
Libre de ralentir et d’écouter le chant des oiseaux.
Ce n’est pas magique mais presque.
Ce n’est pas linéaire.
Mais c’est observable.
Alors temps ou argent ?
Ce que je retiens de tout ça, ce n’est pas une règle à appliquer.
C’est une question que je me pose, encore et encore :
Dans cette situation précise, qu’est-ce qui me rendra réellement plus libre : le temps ou l’argent ?
Pas en théorie.
Pas pour « un jour ».
Mais maintenant.
La liberté ne commence peut-être pas quand on a tout optimisé.
Mais quand on commence à regarder honnêtement le coût de nos choix.
Et toi, libertonaute,
Dans ta vie aujourd’hui, où est-ce que tu échanges ton temps sans même t’en rendre compte ?
Et si tu faisais, juste une fois, un choix différent, qu’est-ce que ça changerait ?