« Lance-toi avant d’être prêt. »
Cette phrase, je l’ai très souvent entendue.
- Dans des podcasts d’entrepreneuriat.
- Dans des livres de développement personnel.
- Dans des discussions avec des personnes qui avaient « réussi ».
Mais je n’osais pas l’appliquer.
Je voulais être prête.
Vraiment prête.
Compétente. Légitime. Solide.
Je faisais des choses, pourtant.
J’apprenais. Je testais. Je construisais.
Mais je ne le montrais pas.
Ce n’était pour moi jamais assez bien.
Jamais assez clair.
Jamais assez abouti.
Toujours perfectible.
Et puis il y avait cette petite voix :
« Ce que tu sais, tout le monde le sait déjà. »
Résultat ?
Je me sentais imposteur en permanence.
Ce que cette phrase m’a apporté
Quand j’ai lancé mon blog, je me suis répété cette phrase.
Je ne savais pas si j’écrivais bien.
Je ne savais pas si mes réflexions intéresseraient quelqu’un.
Et je ne savais pas si j’allais tenir le rythme du défi de 30 articles en un mois.
Mais j’ai commencé quand même.
Et aujourd’hui, ce blog existe.
Parce que « lance-toi avant d’être prêt », dans ce contexte, voulait dire :
Tu n’as pas besoin d’être parfaite pour exister.
Ça m’a aidée à desserrer l’étau du perfectionnisme.
À accepter d’être en apprentissage.
À rendre visible un travail encore imparfait.
Brené Brown explique que la vulnérabilité n’est pas une faiblesse, mais l’espace où naissent la créativité et le courage.
Dans ce cadre-là, « lance-toi avant d’être prête » m’a permis de me libérer du perfectionnisme.
Mais en écrivant mon article sur les promotions professionnelles, je me suis souvenue d’une situation difficile.
Où cette phrase, aussi puissante soit-elle, ne devait pas être prise à la légère.
Est-ce l’un des conseils les plus dangereux qu’on normalise ?
Quand j’ai lancé mon blog, si j’avais attendu d’être prête, je ne serais jamais passée à l’action.
Mais en observant le monde du travail…
J’ai pu voir les dégâts engendrés par cette phrase.
- Des managers dépassés.
- Des entrepreneurs arrogants.
- Des « leaders » persuadés que l’audace compense l’incompétence.
Et derrière eux ?
- Des équipes fatiguées.
- Des salariés en burn-out.
- Des collaborateurs qui paient le prix de l’apprentissage d’un autre.
Quand « se lancer » m’a blessée
Ma supérieure hiérarchique avait évolué très vite.
Elle avait accepté chaque promotion.
Elle s’était lancée.
Sauf qu’elle n’était pas prête.
- Pas accompagnée.
- Pas formée.
- Pas soutenue.
Et ça s’est traduit par de la peur.
Du contrôle.
Des cris.
Des collègues qui sortaient de son bureau en pleurant.
Moi, je me retrouvais avec des injonctions contradictoires.
Des reproches flous.
Une pression constante.
Je me suis souvent demandé :
Comment a-t-elle pu en arriver là ? Ne voit-elle pas la souffrance engendrée ?
Peut-être qu’elle aussi avait entendu :
« Lance-toi, tu apprendras sur le tas. »
Sauf que le « tas », c’était nous.
Elle s’était lancée.
Et c’est là que la question s’est déplacée.
La nouvelle question
Ce n’est plus :
« Faut-il se lancer avant d’être prêt ? »
Mais :
À qui appartient le coût de mon apprentissage ?
Quand j’ai décidé de publier 30 articles en un mois, je n’étais pas prête.
Je n’avais pas la certitude de la qualité.
Ni celle de la régularité.
Mais si j’échouais, c’était moi que ça impactait.
- Mon ego.
- Mon temps.
- Mon énergie.
Quand je publie un article imparfait, le risque m’appartient.
- Au pire, il n’est pas lu.
- Au pire, quelqu’un trouve ça nul.
- Au pire, je progresse.
Mais personne ne subit directement les conséquences de mon incompétence.
Sinon, ce n’est plus du courage.
C’est un transfert de risque.
Se lancer quoi qu’il en coûte
On entend souvent dans l’entrepreneuriat :
« Échoue vite. Recommence vite. Avance vite. »
Et je comprends l’idée.
Ne pas rester bloqué dans l’analyse.
Ne pas attendre la perfection.
Tester. Ajuster. Itérer.
Mais cette logique suppose que l’échec ne coûte rien à personne d’autre qu’à toi.
Que tu peux échouer dans un espace protégé.
Sans impacter ceux qui dépendent de toi.
Et ce n’est pas toujours le cas.
Ma cheffe, elle a « échoué vite » pendant des mois.
Elle a testé. Elle a ajusté. Et elle a itéré.
Mais à chaque itération, c’était son équipe qui payait le prix.
Nous étions son terrain d’expérimentation.
Et personne ne nous avait demandé si on acceptait ce rôle.
C’est là que je me suis rendu compte que se lancer, coûte que coûte, quand cela a un impact sur les autres et que ça leur est imposé, ce n’est plus seulement de l’audace
Mais potientiellement de l’égoïsme.
L’ambition… et son ombre
Dans le monde entrepreneurial, il est courant d’admirer ceux qui foncent.
- Ceux qui osent.
- Ceux qui prennent des risques.
- Ceux qui « ne doutent pas ».
Ils sont visibles.
Lorsqu’ils réussissent, leurs prises de risques sont assimilées à du courage.
Mais est-ce que le courage c’est uniquement foncer quoi qu’il en coûte ?
Pour moi savoir dire :
« Je ne sais pas encore. »
« J’ai besoin d’aide. »
« Je ne suis pas prête. »
Ça demande aussi du courage.
Oser accepter sa vulnérabilité.
Savoir où on en est à un instant T.
Et pouvoir agir en conscience.
Parce que reconnaître ne pas être prêt, ce n’est pas renoncer.
Thomas Edison et la question qu’on ne pose jamais
Dans l’entrepreneuriat, on cite souvent des figures comme Thomas Edison.
L’homme qui aurait testé mille fois avant de trouver la bonne ampoule.
Sa persévérance est soulignée.
Quid des équipes épuisées, des méthodes contestables, de la brutalité de certaines stratégies.
Je ne dis pas qu’il ne faut pas innover.
Et je suis la première a consommer de l’électricité.
Mais le progrés à quel coût ?
Petite apparté sur le monde de la finance où la prise de risques est omniprésente.
Dans toute stratégie d’investissement sérieuse, une première question essentielle est posée :
Quelle perte suis-je capable d’assumer ?
Pourquoi cette question a tendance à disparaître quand il s’agit des décisions professionnelles ou humaines ?
Liberté… et responsabilité
Je veux être plus libre.
- Libre financièrement.
- Libre dans mon temps.
- Libre dans mes choix.
Mais si ma liberté s’obtient en comprimant celle des autres, est-ce je considère cela encore comme de la liberté ?
Ou bien ce déplacement de pouvoir et l’impact que cela peut avoir sur les autres me touchent au point d’impacter ma liberté mentale ?
Je n’ai pas de réponse toute faite aujourd’hui.
Je garde juste ce questionnement en conscience.
Les questions que je me pose maintenant
Aujourd’hui, quand j’ai envie de « me lancer » dans quelque chose, je me pose parfois quelques questions.
Ces questions peuvent limiter ma liberté en me freinant dans mes élans. Mais elles me permettent encore une fois de faire des choix plus conscients.
1. Si j’échoue, qui en paiera le prix ?
Est-ce uniquement moi ?
Ou d’autres personnes pourraient être impactées ?
Dans ce dernier cas :
Puis-je me former ? Demander de l’aide ? M’entourer d’experts ?
2. Est-ce que je suis honnête sur mes limites ?
Ai-je conscience de mes limites et de leur impact ?
Est-ce que ne pas en parler risque de nuire à quelqu’un ?
Parce que la transparence change tout.
Elle permet aux autres de choisir de manière consciente s’ils décident de me suivre malgré tout ou non.
Ma liberté s’arrête là où commence celle des autres ?
J’aime créer.
Je veux avancer.
Et j’adorerais vivre plus libre.
Mais je ne veux pas que ma liberté se construise au détriment de celle des autres.
Pas aujourd’hui en tout cas.
De fait, j’avance parfois plus doucement que les autres.
En prenant le temps de me questionner sur mes forces et mes limites, de comprendre.
D’accepter que je ne sais pas encore tout d’une situation.
Mais j’essaie quand même d’avancer en évitant aujourd’hui de me cacher derrière le perfectionnisme.
Entre immobilisme et inconscience
Ainsi la réponse ne se résume pas à :
Ne rien faire
ou
Foncer coûte que coûte.
Peut-être qu’il existe un troisième espace.
Un espace où l’on avance… mais en conscience.
- Où l’on accepte de ne pas être prêt… sans faire porter le poids de notre apprentissage aux autres.
- Où l’on ose… sans écraser.
- Où l’on échoue… sans blesser.
Ainsi, je peux avancer avec l’idée que la liberté ne devrait pas se construire sur la souffrance d’autrui.
Et si on complétait la phrase :
Que penses-tu de ?
« Lance-toi avant d’être prêt…
- …si le risque t’appartient.
- …si tu restes conscient de tes limites.
- …si tu continues à de te former pour combler tes lacunes.
- …si tu ne fais pas porter le poids de ton incompétence aux autres.
Et avec ces nuances, cette phrase me semble moins dangereuse.
Elle ne m’enferme plus dans le perfectionnisme.
Mais elle ne me pousse plus non plus dans l’inconscience.
Elle me laisse de l’espace.
Pour avancer.
À mon rythme.
En conscience.
Et toi libertonaute en chemin, es-tu plutôt team perfectionniste ou team « je fonce et je réflechi après » ?
Quels sont tes conseils ?
Y a-t-il eu une situation que tu veux partager avec nous ?