Des pieds libres pour une meilleure santé physique et mentale.
« Nos pieds sont nos racines, notre lien à la terre. Ils sont beaux et bien faits et nous emmènent à peu près où nous voulons »
Cette fois ci, je te parle d’une liberté qui commence à la base de notre corps.
Avec nos pieds.
Pieds fins, pieds plats, pieds larges, pieds grecs, pieds égyptiens…
On marche dessus.
Cachés, souvent comprimés.
Et parfois même oubliés.
Pourtant, ils nous font tenir débout, nous portent et nous transportent partout.
De mon côté cette partie là de mon corps et moi, ça n’a pas été une histoire d’amour.
J’ai toujours eu de grands pieds.
Dès mes 10 ans, je chaussais déjà du 41.
J’en ai entendu des moqueries dont :
« Bozo le clown ».
« oh les palmes »
Je devais me chausser dans le rayon adulte et mes pieds me paraissaient encore plus grands.
Un véritable complexe.
En outre, j’avais le genre de pieds qui ne rentrent dans aucune chaussure.
Un peu comme moi finalement.
Les cadres standards ne nous siéent pas.
Et chaque fois que j’entrais dans un magasin, c’était la même histoire.
Essayage.
Douleur.
Parfois par défaut, je prenais, malgré tout, la paire.
Mais après 2 ou 3 sorties avec je l’abandonnais du fait des douleurs.
Bref, je rêvais des pieds de Cendrillon et j’avais ceux de Javote et Anastasie.
Le jour où mes pieds m’ont sauvée.
J’escaladais une montagne pour sauter dans la rivière.
Le bout de roche où ma main était accrochée a cédé.
Je me voyais déjà tomber.
Mais mon pied droit grâce à ses longs orteils s’est agrippé à une aspérité du mur.
Me permettant de retrouver mon équilibre et de me stabiliser.
Depuis, j’ai appris à les apprécier ou du moins à avoir de la gratitude pour ces pieds aux longs orteils.
Finalement bien que j’eusse des difficultés à trouver des chaussures du fait de mes pieds longs et fins, j’avais commencé à apprécier leur finesse.
Des pieds fins aux pieds élargis
Mais il y a deux ans, j‘ai commencé à marcher de plus en plus souvent pieds nus.
Et à porter des chaussures laissant de la place à mes orteils. Coucou les pieds libres.
De fait, lorsque l’hiver est revenu et que je devais porter des chaussures fermées : celles que je portais l’hiver d’avant. Cela m’était impossible. En quelques minutes, j’avais mal. Je les trouvais inconfortables.
Mes pieds s’étaient élargis.
Donc j’ai commencé par paniquer.
Je ne voulais pas de pieds larges.
Alors je me suis forcée à quand-même reporter mes anciennes chaussures.
Et mon corps a directement répondu par un hallus valgus mais au niveau de mes petits orteils.
Douleur et déformation.
J’avais tout gagné.
Donc j’ai arrêté de lutter.
Et je me suis renseignée.
Me rendant compte que notre norme n’était clairement pas le reflet d’un pied en bonne santé.
Nos pieds : chefs-d’œuvre oubliés
Leonardo da Vinci disait : « Le pied humain est un chef-d’œuvre d’ingénierie. »
Est-ce que tu savais que :
Le pied contient 26 os, des dizaines d’articulations, de muscles, de ligaments. 7 200 terminaisons nerveuses reliées directement au cerveau.
Il est capable d’absorber les chocs, de s’adapter aux terrains, de maintenir notre équilibre.
Il est notre base.
Le pied a sa propre intelligence. Et l’enfermer sans réflexion dans des chaussures inadaptées peut avoir des conséquences importantes sur tout notre corps.
La proprioception
As-tu déjà entendu parler de la proprioception ? Qui est la capacité du corps à savoir où il se situe dans l’espace. À s’équilibrer. À s’ajuster.
Les pieds jouent un rôle majeur dans ce système.
Quand ils sont enfermés dans des chaussures rigides avec des semelles épaisses, les récepteurs sensoriels ne sont plus stimulés. La connexion avec le sol est coupée. Et notre proprioception s’affaiblit.
C’est un peu comme porter un plâtre toute sa vie. À un moment, le muscle a tellement rétréci qu’il ne sait plus travailler seul.
Une étude publiée dans le Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy a montré que lorsqu’on porte des chaussures minimalistes (ou qu’on marche pieds nus), les muscles intrinsèques du pied – ces petits muscles à l’intérieur du pied qui soutiennent la voûte plantaire – se renforcent.
Ces muscles sont essentiels pour :
- la stabilité.
- l’équilibre
- marcher sans douleur.
Mais avec des chaussures à semelles épaisses et soutiens rigides, ils ne travaillent plus.
Ils s’atrophient.
Et c’est là que les problèmes peuvent commencer.
Douleurs au genou.
Tensions dans le dos.
Problèmes de posture.
Quand les pieds ne fonctionnent plus correctement, c’est tout le corps qui compense.
Marcher pieds nus ou avec des chaussures minimalistes, même 5 minutes par jour, permet de réactiver les récepteurs de la proprioception et de ré-entraîner son corps à sentir, à s’ajuster, à retrouver son équilibre naturel et ainsi d’avoir un impact positif sur tout le reste de notre corps.
l’earthing/grounding
Certaines recherches explorent aussi les effets du contact direct avec la terre (earthing), qui pourrait avoir un impact sur l’inflammation ou le sommeil.
Parce que la terre est un immense réservoir d’électrons négatifs.
Et notre corps, lui, se charge en ions positifs à cause de la pollution électromagnétique (téléphone, ordinateur, wifi), du stress oxydatif (radicaux libres), de notre mode de vie hors-sol.
Quand tu poses tes pieds libres, nus sur la terre (pas sur du carrelage, pas sur du bitume, mais sur de l’herbe, du sable, de la terre), il se passe un transfert.
Les électrons négatifs de la terre entrent dans ton corps.
Ils viennent neutraliser les radicaux libres.
Les recherches de Clinton Ober, un ancien installateur de câbles TV, ont montré que cette reconnexion pouvait :
- Réduire l’inflammation
- Améliorer le sommeil
- Diminuer le stress et l’anxiété
- Améliorer la circulation sanguine
- Apaiser les douleurs chroniques
La conformité commence par le corps
Et sans parler seulement du physique.
Qu’en est-il de la symbolique psychique ?
En prenant du recul, j’ai été interpellée par le mécanisme qui faisait que j’essayais de faire rentrer mes pieds dans des contenants inadaptés car c’était la norme, alors même que c’était inconfortable.
Et parce que des chaussures peut-être plus adaptées étaient un investissement – que je voyais à l’époque comme une dépense – plus importante.
Combien de fois ai-je fait cela, en dehors de cette situation ?
Combien de fois je me suis forcée à rentrer dans des cadres car la norme me trouvait tantôt : trop sensible, ambitieuse, lente, intense et que j’ai finalement décidé de me réduire, de rentrer dans un cadre qui ne me convenait pas et pire me faisait souffrir ?
Le lotus d’or
En écrivant cet article destiné à la base à parler du barefoot, je me suis retrouvée à penser à ces cadres, ces normes.
Et de fait à la pratique des pieds bandés en Chine.
Pendant plus de mille ans, on a bandé les pieds des petites filles dès l’âge de 5 ou 6 ans. On pliait leurs orteils contre la plante du pied. Leurs os étaient cassés. Et on enroulait ces membres si importants dans des bandes de plus en plus serrées. Très loin des pieds libres.
Le but ? Avoir des pieds ne dépassant pas 7,5 centimètres. Des « lotus d’or ».
Symbole de beauté, de féminité, de raffinement.
Mais finalement, symbole de contrôle.
Une femme aux pieds bandés ne pouvait pas courir. Ne pouvait pas s’enfuir. Ne pouvait pas travailler aux champs.
Elle était prisonnière de ses propres pieds.
Le taux de mortalité par septicémie était estimé à 10 %. Les orteils se nécrosaient. Parfois, ils tombaient.
Cette pratique n’a été abolie qu’en 1912.
Certaines femmes refusaient même d’être « libérées ». Elles avaient intégré que leurs pieds bandés les définissaient.
Le cas des danseurs
J’ai également repensé aux danseuses sur pointes. Aux déformations considérées comme « le prix de la grâce ». Alors que près de 80 % des danseuses professionnelles souffrent de déformations irréversibles.
De fait, jusqu’où sommes-nous prêts à se déformer pour correspondre à une norme ?
À quel moment la douleur devient-elle acceptable… parce qu’elle est socialement validée ?
Est-ce normal d’accepter de souffrir physiquement pour une norme ?
Que penses-tu du fait de souffrir dans ses chaussures ?
De l’enfant qui porte des chaussures rigides avant même de savoir marcher ?
Considères-tu cela comme normal ?
Aujourd’hui, j’y vois des habitudes non questionnées, des automatismes, du mimétisme. Et c’est ce que j’aime questionner. Ces choses du quotidien, que l’on fait sans réfléchir et qui pourtant ont un réel impact sur notre vie.
Pieds libres, corps libre ?
Pour ma part, même si mes pieds s’élargissent et sont aujourd’hui moins esthétiques, mon idéal serait que je ne les comprime plus.
Mes pieds me portent. Ils sont mon lien avec le sol.
Ils me rappellent l’importance d’éviter de me réduire.
Donc respecter leur physionomie et leur réelle nature me semble nécessaire.
En outre, cet article m’aide à me poser ces questions :
- où est-ce que je me comprime encore ?
- Où est-ce que j’accepte l’inconfort pour « rentrer » ?
- Où est-ce que je confonds esthétique et alignement ?
Actuellement, je cherche encore des chaussures adaptées, car pour l’instant je n’en ai pas trouvé. Donc si tu en as qui sont qualitatives, allient confort et pourquoi pas esthétisme, n’hésite pas à les indiquer en commentaire.
Instant action :
Tu peux maintenant prendre 5 minutes pour te poser les questions suivantes :
- qu’est-ce que tu continues à porter… alors que ça te fait mal ? Une posture ? Un rôle ? Une image ? Une norme ?
- Est-ce que tu es en train d’essayer d’élargir tes pieds… ou de rétrécir pour rentrer dans la chaussure ?
- Si ton corps avait le droit de choisir, à quoi ressemblerait-il ?
- Combien de fois dans ta vie as-tu essayé de revenir dans une forme qui ne te convenait plus ?
- Tes pieds sont-ils à l’aise là où ils sont ?
- Dans ta vie, as-tu l’impression d’occuper toute ta largeur ?
- Qu’est-ce que tu continues à comprimer pour « rentrer » ?
- Quand as-tu marché pieds nus pour la dernière fois ?
- Ressens-tu le besoin d’avoir des pieds libres ?
La liberté pour moi commence donc aussi par les pieds. Des pieds libres.
Sentir le sol. Sentir ses appuis.
Et choisir, consciemment, la chaussure — ou le cadre — qui respecte sa forme.
Apolline
Bonus : expressions autour du pied
On dit qu’on :
- Va « prendre son pied » quand on a du plaisir.
- « met les pieds dans le plat » quand on fait une gaffe.
- « perd pied » quand on ne contrôle plus.
- « retombe sur ses pieds » quand on s’en sort bien.
- « fait du pied » à quelqu’un pour le séduire.
- travaille « d’arrache-pied » sans relâche.
- « ne sait plus sur quel pied danser » quand on est indécis.
- a « bon pied bon œil » quand on est en forme.
- « lève le pied » pour ralentir.
- « se lève du bon pied ou du mauvais pied » en fonction de notre humeur.