Un livre – 10 ans d’écart – 2 points de vues
NB : quand je dis Un livre – 10 ans d’écart ce n’est pas tout à fait vrai.
Le jour où j’écris cet article nous sommes plutôt à 8 ans et demi d’écart.
Un jour d’automne…
Automne 2017.
J’ai 23 ans.
Je me retrouve dans la petite bibliothèque de mon village, à chercher quelque chose à lire.
Un livre attire mon regard sur un présentoir.
Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une.
Quelque chose en moi dit « oui ».
Je le prends sans trop réfléchir.
De retour chez moi, assise sur mon canapé bleu, je regarde le ciel à travers la baie vitrée.
J’ouvre le livre.
Et je plonge dans l’histoire de Camille, 38 ans, dont la vie s’est figée dans une routine qui la déprime.
Suite à un accident, elle rencontre Claude, un « routinologue » — un métier fictif mais original.
Il va l’accompagner à redéfinir son quotidien à travers des exercices pratiques.
Un livre, une révelation
À cette période, je n’avais encore que peu d’expérience avec le développement personnel.
Ce livre était une entrée en matière ludique.
Rafraîchissante.
Concrète.
Il ne se contentait pas de raconter une histoire.
Il m’invitait à expérimenter des changements dans ma propre vie, en même temps que Camille.
Quand je la voyais progresser, j’étais remplie d’enthousiasme.
Chaque page m’offrait une dose de motivation.
Comme une bouffée d’air frais dans ma vie.
Je me souviens du petit récapitulatif à la fin du livre.
Je l’ai recopié dans mon carnet.
Bien décidée à mettre en pratique ces conseils.
Le livre me faisait du bien.
Il nourrissait mes rêves d’un quotidien plus épanouissant et plus libre.
Aujourd’hui, ce livre accessible et agréable à lire représente pour moi un des premiers pas vers ma liberté.
J’en garde un souvenir très positif.
Mais je dois reconnaître une chose :
Je ne suis plus tout à fait la même personne qu’à l’époque.
Un livre – 10 ans d’écart : l’évolution de mon point de vue
Si je devais le relire aujourd’hui, je doute que l’effet soit le même.
Pas parce que le livre est mauvais en soi.
Mais parce que je suis entrée dans une phase de ma vie où je cherche des réponses plus profondes.
Plus ancrées.
Et surtout, parce que je vois maintenant ce que je ne voyais pas à l’époque.
Ce que je n’avais pas vu : Camille et la charge invisible
À 23 ans, quand j’ai lu ce livre, certaines choses ne m’ont pas frappée.
Aujourd’hui, elles me sautent aux yeux.
Le mari absent
Camille est mère.
Elle travaille à temps partiel.
Et son mari ?
Il est là… mais pas vraiment.
Il ne participe pas aux tâches domestiques.
Il ne semble pas se préoccuper de l’équilibre du foyer.
Camille porte tout.
Le travail.
La maison.
Leur enfant.
La charge mentale.
Et c’est elle qui doit « travailler sur elle » pour que ça aille mieux.
À l’époque, cela ne m’avait pas sauté aux yeux.
Aujourd’hui, je me pose une question :
Pourquoi est-ce toujours à la femme de se transformer pour que la relation fonctionne ?
Une relation, ça se construit à deux, non ?
Je ne dis pas que travailler sur soi n’aide pas.
D’ailleurs, ce livre m’a aidée à transformer ma relation avec ma mère.
Pendant longtemps, nos échanges étaient difficiles.
Après avoir lu ce livre (et d’autres sur l’éducation bienveillante), j’ai lâché prise.
J’ai arrêté d’attendre d’elle ce que je pensais légitime d’attendre d’une mère.
Je l’ai vue comme ma génitrice.
J’ai appris à la connaître pour ce qu’elle est.
Pas pour ce que je voulais qu’elle soit.
Et quelques mois plus tard, notre première vraie conversation est arrivée.
Sans que je m’y attende.
Sans que je le demande.
Attention, cette relation est toujours en construction.
Elle est loin d’être parfaite.
Mais plus je prends conscience de certaines choses, plus je me libère du poids néfaste qu’elle pouvait avoir sur moi.
Donc oui, travailler sur soi peut débloquer des situations.
Mais dans le cas de Camille et son mari…
À la fin du livre, il lui fait une surprise sur une journée.
Et ça semble effacer tout le reste.
Comme si une journée d’effort compensait des années de déséquilibre.
Ça me laisse perplexe.
Le corps et le regard des autres
Camille a pris quelques kilos.
Elle est complexée.
Elle décide de les perdre pour « retrouver son corps d’avant ».
À l’époque, je trouvais ça inspirant.
Aujourd’hui, je vois la pression sociale derrière.
Cette injonction constante à correspondre à une norme de beauté très spécifique.
Celle d’une silhouette mince.
Et puis il y a cette scène.
Après avoir perdu du poids, Camille se fait complimenter dans la rue.
Sifflée exactement.
À l’époque, ça ne me faisait pas réagir.
Maintenant, ça me questionne.
Est-ce vraiment une forme de liberté que de se faire complimenter pour son physique par des inconnus dans la rue ?
Non, surtout de cette façon.
C’est du harcèlement de rue.
On aurait pu imaginer une autre scène pour saluer la réussite de Camille sur ce point.
La vraie liberté, aujourd’hui, je la vois plutôt dans l’acceptation de son corps tel qu’il est.
Sans chercher l’approbation extérieure.
Comme le dit Roxane Gay dans Hunger : « Notre corps appartient à nous, pas à ceux qui veulent nous le contrôler. »
Le routinologue paternaliste
Claude, le routinologue, est une figure de mentor bienveillant.
Mais aussi… paternaliste.
Camille lui confie son destin.
Elle se laisse guider sans vraiment remettre en question ses méthodes.
Je comprends le côté « je fais confiance ».
Mais est-ce que la relation est vraiment saine ?
Le routinologue impose ses règles.
Sans chercher à savoir si elles sont vraiment en accord avec ce que Camille désire profondément.
On pourrait dire qu’il l’infantilise.
Dans le but, dit-il, de l’aider à se libérer.
Mais la liberté peut-elle venir de quelqu’un qui décide à notre place ?
Ce genre de relation empêche Camille de prendre des décisions réellement autonomes et éclairées.
Il semble que l’important soit moins sa libération personnelle que sa conformité à un modèle pré-établi.
Ce que je retiens aujourd’hui
Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une a ouvert des portes pour moi.
Et je lui en suis reconnaissante.
Il m’a donné envie d’explorer le développement personnel.
Il m’a offert des outils concrets.
Il m’a fait rêver d’un quotidien plus épanouissant.
C’était un premier pas.
Mais aujourd’hui, avec une nouvelle lecture — une lecture qui prend en compte les structures sociales et culturelles qui limitent la liberté —, ce livre n’aurait plus la même saveur.
La véritable liberté, pour moi aujourd’hui, ne réside pas dans une transformation superficielle dictée par des attentes extérieures.
Mais dans une réappropriation profonde de ma propre vie.
De mes relations.
De mon corps.
De mes choix.
Sans avoir besoin qu’un mentor me dise quoi faire.
Sans avoir besoin de perdre du poids pour me sentir libre.
Sans porter seule le poids d’une relation déséquilibrée.
Même si pour être honnête, en écrivant ces lignes, je constate un décalage en ce que j’aimerai et la réalité.
Disons que c’est ce vers quoi je tends.
Les exercices du livre : ce qui reste précieux
Malgré mes réserves aujourd’hui, je reconnais que ce livre propose des exercices concrets et accessibles.
Certains m’ont vraiment aidée à l’époque.
D’autres pourraient encore m’être utiles aujourd’hui.
Voici un résumé de tous les exercices mentionnés dans le livre :
1. L’ancrage positif
Se reconnecter à un souvenir positif intense pour retrouver un état émotionnel ressource dans les moments difficiles.
2. L’appareil photo imaginaire
Prendre mentalement des « photos » de moments agréables pour créer une bibliothèque d’images positives accessible à tout moment.
3. L’art de la modélisation
Observer et s’inspirer des personnes qui réussissent dans un domaine pour adopter certaines de leurs attitudes et comportements.
4. Le cahier des engagements
Noter ses objectifs et engagements par écrit pour les rendre plus concrets et s’y tenir.
Une ligne par engagement et ensuite on note à côté si c’est fait ou non. Cela permet de voir ses avancées.
5. Le carnet du positif
Un répertoire dans lequel on note, par ordre alphabétique, nos petits et grands succès, nos petites et grandes joies. Cela permet d’avoir ensuite à sa portée toute une liste d’ancrages positifs
6. Le catalogue interne d’images positives
Constituer mentalement une collection de souvenirs heureux pour pouvoir les « consulter » quand on en a besoin.
7. Changer de dialogue intérieur
Remplacer les pensées négatives automatiques par des affirmations plus bienveillantes envers soi-même.
8. Le code rouge
Identifier les signaux d’alerte (stress, colère, épuisement) et mettre en place des actions pour y répondre avant que la situation ne s’aggrave.
9. Couper les élastiques (du passé)
Se libérer des liens toxiques avec le passé — événements douloureux, relations qui nous tirent en arrière — pour avancer plus léger.
10. La créativité amoureuse
Réinventer sa vie de couple en sortant de la routine et en créant des moments de surprise et de nouveauté.
11. Décoller ses timbres
Se défaire des étiquettes et croyances limitantes qu’on s’est collées ou que les autres nous ont collées (« Je suis nulle en maths », « Je ne suis pas créative », etc.).
12. L’empathie mouillée
Prendre à sa charge les problèmes et émotions négatives des autres, ce qui finit par nous épuiser. À éviter.
13. L’empathie sèche
Écouter et compatir avec les problèmes des autres sans se laisser contaminer par leurs émotions négatives. Un bouclier de protection pour rester disponible sans s’épuiser.
14. Faire « comme si »
Adopter l’attitude et le comportement de la personne qu’on souhaite devenir, même si on ne s’en sent pas encore capable. L’action précède souvent le ressenti.
15. Faire une F.E.T.E.
Formuler ce qui ne va pas, Exprimer ses émotions, Trouver des solutions, Engager l’action. Une méthode pour sortir des situations bloquées.
16. Les instants de gratitude
Prendre quelques minutes chaque jour pour remercier mentalement pour ce qu’on a : santé, relations, petits bonheurs du quotidien.
17. Faire le chat
S’étirer, bâiller, se détendre physiquement pour relâcher les tensions accumulées dans le corps.
18. La liste de vos expériences positives et liste de vos qualités
Faire l’inventaire de tout ce qu’on a déjà réussi et de nos qualités pour reconnecter avec ses ressources intérieures.
19. La méthode SMART
Définir des objectifs Spécifiques, Mesurables, Atteignables, Réalistes, Temporels pour augmenter ses chances de les réaliser.
20. La mission « grand blanc »
S’accorder des moments de vide, sans stimulation, sans agenda, pour laisser l’esprit se reposer et la créativité émerger.
21. La mitraillette à reproches
Exprimer ses frustrations accumulées d’un coup (dans un cadre sécurisé) pour libérer la pression et pouvoir ensuite communiquer plus sereinement.
22. Nourrir ses rats
Identifier les pensées et comportements toxiques (les « rats ») qu’on nourrit malgré nous et décider consciemment de ne plus leur donner d’énergie.
23. La pensée et l’attitude positives
Choisir volontairement de voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide, même dans les situations difficiles.
24. Les power songs
Créer une playlist de chansons qui nous boostent, nous motivent, nous redonnent de l’énergie dans les moments de baisse.
25. La respiration profonde
Pratiquer des respirations lentes et profondes pour calmer le système nerveux et retrouver son calme intérieur.
26. La rumignotte
Identifier les pensées qui tournent en boucle (ruminations) et trouver des stratégies pour les interrompre.
27. Le sourire intérieur
Sourire intérieurement, même sans raison, pour envoyer un signal positif au cerveau et améliorer son état émotionnel.
28. La théorie des petits pas
Avancer progressivement vers ses objectifs par petites actions quotidiennes plutôt que d’attendre le « grand changement ».
29. Le triangle dramatique (de Karpman)
Comprendre les rôles dysfonctionnels de Victime, Persécuteur et Sauveur dans les relations pour en sortir et établir des relations plus saines.
Mes games changers sont la théorie des petits pas, éviter le triangle dramatique, les powers songs, éviter de nourrir ses rats et la gratitude. Et j’essaie un peu plus le « faire comme si ».
Et toi, libertonaute ?
As-tu déjà lu ce livre ?
Qu’est-ce qu’il t’a apporté ?
Et si tu le relis aujourd’hui, vois-tu les mêmes choses qu’à l’époque ?
Moi, je garde ce livre comme un souvenir précieux.
Mon premier pas vers des livres plus conscients et ma liberté.
Même si aujourd’hui, je sais que la liberté, c’est beaucoup plus que ce que ce livre laisse entrevoir.
C’est choisir pour soi.
Pas pour correspondre à une norme.
Pas pour plaire.
Pas parce qu’un mentor nous dit quoi faire.
Mais parce qu’on écoute profondément ce qui résonne en nous.
Et toi, quel a été ton premier livre de développement personnel ?
Celui qui t’a donné envie d’explorer ?
Et comment le vois-tu aujourd’hui ?